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Caroline Brille : aller au bout

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Caroline BrilleComment as-tu commencé à voler ?
En 1992, j’ai fait mon premier stage de parapente à Chamonix. J’habitais à Paris. Un an après, j’ai tout quitté pour vivre à Chamonix. Voler était ma première motivation, mais c’est aussi tout ce qui allait avec ce que je voulais : la liberté, la montagne, l’espace. En fait je n’étais pas faite pour vivre dans le business parisien. Cette passion m’a ouvert l’esprit et permis de revenir à ce qui me plaît vraiment : être au contact de la nature, profiter de toutes les richesses de cette région. Petite j’étais une enfant sauvage et autonome, peu surveillée par des parents débordés. Voler m’a rendu cette liberté. Et je peux largement remercier ceux qui m’ont « donné » ça : le goût de voler, l’enthousiasme, la curiosité, jouer avec tout ce qu’on peut, décider et s’engager dans la vie.
Ensuite j’ai beaucoup volé pendant deux ans, bien progressé et finalement préparé et passé le BE. Aujourd’hui je vole pour moi, en compétition, j’enseigne et je fais des baptêmes de l’air à Chamonix.

Qu’aimes-tu le plus en parapente ?
Ce sont des choses simples, accessibles à tous :
- Marcher en montagne, partager un casse-croûte avec des amis, redescendre en volant avec mon Alpha (qui me sert de voile montagne).
- Décoller, enrouler et, à chaque tour dans le thermique, voir un peu plus de l’autre côté de la montagne ! Et finalement découvrir une nouvelle région.
- Donner à des élèves ce que j’ai reçu il y a quinze ans !
- Rentrer au but lors d’une manche de compétition.
- Voler en haute montagne en solo ou en biplace, frôler des montagnes mythiques (les Drus, la Verte…), ressentir certaines ambiances, les partager avec des personnes qui peuvent le vivre intensément.
- Enseigner le premier cours théorique d’aérologie à des débutants. Leur faire prendre conscience de cette nouvelle dimension. Leur ouvrir l’esprit sur notre monde, les volants, le leur bientôt.
En fait, presque tous les jours j’ai droit à un de ces plaisirs, car ils sont tellement variés et simples. Cela se résume à se sentir vivre, partager, donner, recevoir.
J’ai la chance de pouvoir enseigner seulement quelques semaines par an et d’avoir toujours « la foi », alors je peux toujours le faire avec conviction. J’ai aussi du temps pour voler simplement, avec des pilotes de tous les niveaux et le même plaisir.

A part voler, que fais-tu ?
Comme j’aime la diversité, il y a peu d’activités auxquelles je n’ai pas touché. J’ai plutôt tendance à varier les plaisirs que de m’investir à fond dans une autre activité. Ces derniers temps, je me suis tournée vers le kite-surf (plutôt dans les mers chaudes), et un peu de speed-riding. Mais je pratique aussi tous les autres sports auxquels se prête ma région. J’aime Chamonix pour la diversité des activités à pratiquer été ou hiver. J’adore passer un bon moment à l’automne à la Réunion, pour les mêmes raisons. C’est comme un deuxième chez-moi. On peut voler mais il y a plein d’autres sports à pratiquer aussi. Et il fait chaud, c’est bon.
Et faire des « bonnes bouffes, bons vins » avec Denis Cortella, et ceux qui savent apprécier.

Et la compétition ?
J’ai commencé assez vite à participer aux compétitions B : pas pour gagner, mais parce que tous les week-ends, je découvrais de nouveaux sites, de nouvelles montagnes. J’apprenais, je progressais. C’était super, quelle meilleure façon de voir les Alpes ? Puis les Pyrénées avec « Le Perez », des sites dans toute la France et ensuite, le monde….
Voler en compète est très différent de voler loisir : pour moi, c’est comme si c’était deux mondes différents : quand je vole loisir, j’ai l’impression qu’on ne peut pas voir la compétitrice en moi.
Quand, je suis en compétition, je suis concentrée, différente. C’est une autre facette. Ce que j’aime c’est l’engagement, dans le sens volonté. Aller au bout. Et la compète m’apporte ça. Cela demande beaucoup, c’est un choix, cela veut aussi dire renoncer à d’autres choses.
En 2002, je me suis blessée. Je me suis battue pour revenir, très vite, alors que mon entourage pensait raisonnablement que j’allais arrêter. Six mois après j’étais à nouveau sur un podium de la Coupe du monde. La volonté de me battre et de revivre normalement m’a permis de m’en sortir. Aujourd’hui je sais que je volerai toujours, et que je pourrai faire tous les autres sports dont j’ai envie, malgré mes séquelles. Je vole peut-être différemment depuis, mais je suis toujours là.
La compétition à haut niveau, c’est aussi un mode de vie. On retrouve les mêmes pilotes à travers le monde. L’ambiance est chaleureuse au sol. En l’air c’est la compétition : respect, engagement, course. En Coupe du monde, en tous cas, il n’y a aucune agressivité comme il peut y avoir dans d’autres sports : les meilleurs gagnent et les autres n’ont qu’à progresser pour y arriver. L’esprit est sain et « fair ». Au sol, c’est convivial, je dirais même fraternel. C’est une belle image de la compétition. La compétition est un combat avec soi, pas contre les autres !

Des conseils pour les débutants ?

Voler, se faire plaisir et se donner les moyens de progresser (temps de vol), ne pas se forcer à voler dans des conditions trop fortes, car le pire serait d’être un jour obligé d’arrêter de voler parce qu’on a peur ! Faire de la compète, si ça correspond, car c’est la meilleure école d’expérience et d’ouverture d’esprit au vol. Chaque nouveau site oblige à se forger son analyse. Et si on n’a pas compris, il faut se faire expliquer. C’est la clé pour progresser et ne pas se mettre en danger.
Et finalement l’essentiel est de se poser les bonnes questions. Pourquoi je veux voler ? Comment, et combien de temps ? Pour trouver sa façon de voler à court et à long terme.

Juin 2007