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Libres depuis 1976 ! histoire de la FFVL

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Quand on plonge sa moustache dans les archives poussiéreuses du vol libre, on en ressort émerveillé par la force, la conviction et la vision de ceux qui ont fait, année après année, de notre passion un sport, des courses effrénées sous des machines instables la première des disciplines aéronautiques. Histoire hexagonale d’un sport et de sa fédération…

Comment parler de l’histoire de la FFVL sans évoquer celle même du vol libre ? Nous vous racontons par ailleurs la vision d’un homme, l’Américain Francis Rogallo, et le savoir-faire d’un autre, l’Australien John Dickenson. Tous deux sont les (grands) pères de notre sport. Mais comment le vol libre est-il arrivé dans notre pays ? Eh bien, comme en Australie, par le biais du ski nautique…


Pionniers

Bernard DanisSec, musclé, bronzé en toute saison, Bernard Danis représente le type parfait du sportif qui sait prendre des risques calculés. En 1959, il est champion d’Europe de saut de tremplin. Il pratique également le parachutisme ascensionnel. Au début des années soixante, il découvre le cerf-volant tracté par canot à moteur. Accroché à ces engins octogonaux qui traînent plus qu’ils ne volent, Danis s’enthousiasme. Première révélation… Il a trouvé sa vocation !

Il perfectionne ses cerfs-volants pour leur donner plus de stabilité et les teste lors d’exploits mémorables : traversée de la Manche en moins de deux heures ou aller-retour Corse – Côte d’Azur en huit heures ! En 1969, lors d’un meeting international à Copenhague, il rencontre l’Australien Bill Moyes, un autre des (grands) pères du vol libre. Bill vole sous une aile delta et s’est affranchi depuis longtemps du câble de traction. Deuxième révélation : Danis fera du vol libre !

Il se consacre alors totalement à ce sport et construit ses premières ailes. Il devient rapidement un constructeur très prolifique, copiant avec talent et succès les modèles américains ou australiens dont il s’accapare parfois le nom même. En 1974, sa gamme propose une dizaine d’ailes – Swallowtail, Manta, Seagull, Hirondelle, Martinet, Dragon, Quicksilver… Il en assure la promotion en tentant, avec des pilotes qu’il a formés, des vols records de dénivelée et de durée.

Yannis ThomasYannis Thomas, dit le Grec, est peut-être celui qui a le plus popularisé le vol libre en France. Il est l’étincelle, la cause, le grand responsable, par la grâce d’une médiatisation habilement provoquée. Bill Moyes lui a appris à voler.

Yannis raconte… « Au début des années 70, je vivais à Tahiti. Je voulais lancer le cerf-volant (sic) en Europe. Je me suis installé en Grèce pour me préparer dans le but de voler de la tour Eiffel, car il fallait un gros coup. J’avais une aile de quinze pieds et il n’était possible de décoller à pied qu’avec un fort vent de face, ou en tracté, ou en catapulté au sandow. Vous connaissez cette technique ? Tu mets le sandow derrière le dos et tu recules jusqu’à ce que ça devienne impossible. À ce moment-là, tu laisses aller et tu pars comme sur un porte-avions.

Bref, en 1972 je pars faire le film de la tour Eiffel après avoir fait des vols partout : Alpes, Monaco, etc. … À ce moment, avec Bill Bonney, on contrôle toute l’information et on vend des bouts d’images quand la caisse est vide. On doit se cacher car la presse nous chasse partout et nous, nous savons que nos ailes ne sont pas prêtes à être données au public. « Passe-moi ton parapluie que j’décolle aussi ! »

Et puis nous avons de gros problèmes administratifs pour la réalisation du film. Celui-ci sort en 1973, en documentaire avant un film de Delon, et la salle applaudit à tout rompre ! La TV enchaîne. Je reçois des sacs de courrier. Effrayé par les proportions que cela prend, et pensant que l’on ne pouvait apprendre qu’en passant par le ski nautique puis le tracté, je retourne à mes moutons. De Tahiti, je recevais des revues de presse et assistais au lancement du vol libre en Europe dans l’anarchie la plus totale ! »

Ils seront plus d’un à être séduits par cette photo publiée dans Paris Match où il enroulait ses bras autour d’une aile grossièrement repliée reposant sur ses épaules, façon James Dean dans Géant...


Rudy KishaziAutre figure emblématique, L’Américain Rudy Kishazy vit en France, multiplie les exploits et s’affiche dans la presse. Il fait lui aussi partie de cette génération de showmen qui a fait connaître le vol libre. Son obsession : le looping.

« L’idée du looping n’est pas le rêve de quelque pilote blasé. Le virus m’a pris en 1972 et au mois de mai je me retrouvais à l’hôpital, miraculé, à la suite de ma première tentative. J’avais au moins pris conscience que mon aile n’était pas faite pour ça ! »

Quatre ans plus tard, sur un delta renforcé, il enchaînera les boucles parfaites au-dessus des Grands Montets. Il s’envolera aussi du mont Blanc (1973) et du Kilimanjaro (1976), raflant au passage les records de dénivelée.

Comment devenait-on libériste à cette époque ? Alain Badino raconte…


Premiers vols

Alain Badino sous un UP Dragonfly« J’étais à l’époque très sportif : rugby, tennis, basket et surtout moto, une véritable passion, en vitesse d’abord jusqu’à faire des compétitions internationales, puis faute de moyens en trial, dans un club de Nice. Je passais beaucoup de temps avec un copain de ce club, Gilbert Pen, qui m’amena un beau jour de 1973 un numéro de Science et Vie et me montra une photo du fameux vol de Yannis Thomas près de la Tour Eiffel. – C’est ça qu’il faut qu’on fasse ! – T’es malade ou quoi ?Gilbert continua à me tanner un bon mois avant que je craque et lui donne la moitié de la somme nécessaire pour acheter cet engin de fou, un Danis Manta.

Nous avions repéré quelques pentes herbeuses près d’un de nos terrains de trial, à Andon, et nous nous y rendîmes pour les premiers essais. Ouverture du paquet : quatre tubes d’un côté, un sac de boulons et de papillons, des câbles sertis et une voile, une sangle en corde de nylon tressée et un harnais de l’autre. Et une simple feuille 21 x 27 recto comme documentation, notice de montage et consigne pour porter l’aile.

Nous n’avions aucune connaissance ni théorique, ni technique, ni d’expérience de voile. Rien… Du sommet d’une butte d’une cinquantaine de mètres, nous voici à courir l’un après l’autre dans la pente comme des dératés. Un week-end, deux week-ends… Rien ne se passe… Grosse déception… Nous étions sans doute vent arrière…

Gilbert travaillait à l’observatoire de Nice et un jour où il vérifiait que tout allait bien sous la coupole de l’observatoire du plateau de Calern, au-dessus de Gourdon, il aperçoit deux cents mètres en contrebas, sur le plateau de Caussols, une aile déployée. Il lâche tous ses outils et part en courant rejoindre ce pilote. Rencontre avec Raphaël Infante, adepte de Danis, pilote de planeur confirmé, pilote de delta moins confirmé puisqu’ayant déjà tâté du caillou : il sortait de l’hôpital… Rendez-vous est pris pour le week-end suivant, et nous voilà à pied d’œuvre à Caussols, début 1974, avec Raphaël qui nous donne des conseils, nous explique le vent et le reste.

La Wills Wing Super Swallow TailPremiers décollages sur pente école. On en bouffe, on en bouffe, on en bouffe… Et premier grand vol de 180 mètres de dénivelée à Andon, avec survol de la route départementale et atterrissage après un virage à 90°. Pour moi ce ne fut guère un succès. Bêtise de débutant : je pousse, je décroche et je pars en piqué. Accélération, je repousse la barre et je me récupère à quelques mètres du sol, ne peux tourner pour prendre le terrain car trop bas et me ramasse dans les arbres.

Ce n’était pas si simple que ça ! Il était temps de réfléchir et de lire des bouquins de vol à voile – les seuls disponibles. Nous étions très mordus et fîmes des dizaines de vols sur ce site. Progression, virage, atterrissages peaufinés, toujours sans casque ni gants, en jeans et T. shirt… Mais avec Raphaël nous progressions, et je lui voue une reconnaissance méritée pour nous avoir fait prendre conscience des dangers du vol libre et de l’importance d’un apprentissage sérieux.

Gilbert et moi partagions une seule aile, mais qu’était une aile sinon du tube alu, du câble, de la quincaillerie et de la toile de voile ? Nous nous procurons tout ce matériel et avec l’aide d’une voilerie, nous nous retrouvons avec trois copies presque parfaites de la Manta. Andon et ses 180 mètres commençaient à nous lasser. J’allais régulièrement à La Colmiane pour me balader, faire du trial ou skier et j’y avais pris quelques repères.

Nous voici tous les trois au printemps 1974 pour un véritable premier grand vol : 500 mètres et de l’espace ! Pas encore vraiment du vol de durée, mais enfin un site à la hauteur de nos ambitions !

Nous revînmes régulièrement. Avec l’accord des opérateurs du télésiège, nous arrivions à faire jusqu’à dix vols par jour. Nous y rencontrâmes une autre figure du sud-est, Sady Maurin, qui sera en 1979 chef des décollages aux championnats du monde de Saint-Hilaire. Il avait appris à voler, tout seul aussi, du côté de Valberg sous un Deltaplane, une aile un peu moins performante que nos Manta avec leur finesse 4 et leur taux de chute de trois mètres/seconde. »

Le récit d’Alain n’est pas exceptionnel. Des pilotes des Alpes-du-nord, du Jura ou bien des Pyrénées pourraient raconter, eux aussi, sans nul doute, des histoires similaires…


S’organiser

Fédérer !Nous sommes en 1974. Les premiers stages d’initiation commencent à attirer des dizaines d’amateurs : les anciens des Ménuires et de La Cluzaz s’en souviennent… Les premiers vols comme les premiers accidents attirent régulièrement l’attention de la presse et de l’administration. L’unanimité n’est pas longue à se faire entre les premiers libéristes : il faut se grouper pour défendre notre liberté tout en renforçant la sécurité.

Alain Badino : « Cet été de 1974, à la Fou d’Allos, un pilote est parti en drapeau et s’est tué devant les caméras de télévision de TF1 venue spécialement pour lui. Le lendemain, le préfet de Nice interdisait le delta dans le département. Nous étions consternés. Par ailleurs, nos vols remportaient un beau succès populaire et nous devions répondre aux nombreuses sollicitations d’information et de formation. Mais comment transmettre son savoir ? Il fallait s’organiser, il fallait se défendre… Création du Club Européen des Hommes Oiseaux de la Colmiane… Voyage en délégation à la préfecture où nous nous heurtons à un mur… Premier contact avec la FFVL dont nous venons d’apprendre l’existence… Son président, Philippe Galy, bien placé dans les sphères ministérielles et parfaitement au courant de notre problème, obtient qu’un arrêté-type définissant un cadre de pratique pour le vol libre soit pondu. Fin 1974, l’interdiction de vol est levée ! »

Effectivement, une réunion constituante a été organisée à l’initiative d’Armand Pasquier, responsable déjà chevronné de stages d’initiation et de compétitions aux Ménuires. Le 12 mai 1974, à Grenoble, tous ceux qui ont pu répondre à la convocation décident à l’unanimité la création d’une fédération de vol libre, la FFVL. Mission est donnée pour un an à Philippe Galy, élève de l’ENA, premier président, de créer juridiquement et matériellement le cadre de la solidarité entre les libéristes français et d’entamer le dialogue avec l’administration, les assurances, les constructeurs, la presse…

Une assemblée constitutive se tient à Paris dans les locaux de la Fédération française de vol à voile. Cette adresse, le 29 Rue de Sèvres, restera longtemps le domicile officiel de la FFVL. Les statuts sont déposés à la préfecture de police de Paris le 1er juillet 1974. L’agrément est obtenu du secrétariat d’État à la Jeunesse et aux sports. La FFVL existe légalement et les pilotes de vol libre sont enfin représentés.

Philippe GalyPhilippe Galy, leur président, écrit : « Le vol libre est une école de courage et de responsabilité : le courage de pouvoir dominer intelligemment sa peur ; le courage de renoncer ; la responsabilité vis-à-vis de soi-même, qui est d’être capable d’assumer sa propre prise en charge ; la responsabilité vis-à-vis des autres, qui est d’être capable de vivre en société en sachant que sa propre liberté s’arrête ou commence celle des autres ; la responsabilité vis-à-vis du vol libre, qui est à la fois le respect de soi-même, des autres et de cette magnifique activité qui est la satisfaction du vieux rêve de l’homme : voler. Que l’on ne se méprenne pas sur le sens de l’adjectif « libre » qui définit l’activité. Libre de tout moyen extérieur de propulsion, libre de terrains spécialement aménagés, voilà la définition du vol libre. Il ne signifie absolument pas que l’on puisse voler en étant libre d’accepter ou de refuser les règles élémentaires de sécurité. L’espace aérien n’est pas réservé aux pilotes de vol libre ! Personne n’est libre de compromettre l’avenir de cette activité en prenant des risques inutiles et stupides. L’avenir du vol libre est donc entre les mains de ceux qui le pratiquent. »

Alain Badino : « À peine l’interdiction levée, nous voici repartis de plus belle. Un restaurateur-hôtelier-moniteur de ski de La Colmiane, Jean-Jacques Daviller, avait bien compris l’intérêt économique du delta pour La Colmiane et pour lui-même : le ski en hiver, d’accord, mais que faire en été ? Avec Raphaël nous le formons, lui et plein d’autres, sur une pente école vite organisée. Sadi, Gilbert, Jean-Jacques et moi partons bientôt à Pra-Loup participer à un stage régional de formation organisé par la FFVL. Nous y voilà intronisés initiateurs par Kiki Mestdag après qu’on a vérifié que nous savions bien voler !

En mai 1975, nous sommes une centaine à Chamonix pour un stage de moniteur où nous assistons à nos premiers vrais cours d’aérologie, météorologie, etc. adaptés au vol libre. Nous y rencontrons les frères Thévenot et leurs premières Mouettes, et plein d’autres adeptes. De retour à La Colmiane, nous reprenons l’école et organisons notre première compétition, un mélange de durée maximale et de précision d’atterrissage, avec des pilotes de Suisse et de toute la France. Peu après, je quitte La Colmiane pour la vallée du Loup et les Courmettes, des dénivelées de 700 mètres, un nouveau public enthousiaste, un nouveau club – Les Ailes du Loup -, une nouvelle école à Pegomas – avec casques mais personne ne voulait les mettre – et une trentaine d’élèves tous les samedis pour dix francs la séance (l’équivalent aujourd’hui de dix euros) à verser au club.»

Libre !

Bernard Berthou en charmante compagnieÀ la FFVL, comme il en a été décidé à Grenoble, l’équipe initiale a remis ses pouvoirs un an plus tard, le 11 mai 1975, à l’assemblée générale de l’Isle-d’Abeau. La nouvelle équipe, dirigée par Bernard Berthou, a elle aussi une durée très limitée. Notre administration de tutelle, Jeunesse et sports, souhaite en effet que les mandats des dirigeants de toutes les fédérations sportives commencent et s’achèvent aux mêmes dates. La prochaine échéance étant fixée au 31 décembre 1976, une nouvelle assemblée générale a lieu le 27 novembre 1976 pour désigner le premier comité directeur investi du mandat normal de quatre ans.

Outre deux présidents d’honneur, Philippe Galy et Armand Pasquier, celui-ci est composé de : Bernard Berthou, président ; Josiane Bard, vice-présidente ; Gérard Millot, secrétaire général ; Yannick Carat, trésorier ; Patrick Bréaud, trésorier adjoint. Puis Thierry Ancelle et Bernard Poussière, médical ; Alain Badino et Patrick Poulet, enseignement ; Jean-Maurice Bourgueil et Bernard Fournier, technique ; René Coulon, information ; Odile Jocteur-Monrozier et Bénédicte Nappey, conseillers sportifs ; Christian Mestdag et Gérard Thévenot, compétition. Enfin sans responsabilité particulière : Maurice Berlie-Sarrazin, Jacques Bidou, Alain Bliez, Denis Clot, Michel Jardin, Henri Joulia, Jean-Pierre Mabille, Louis Mauvoisin, Philippe Mermoux, Michel Paris, Christian Raynaud-Chappaz, Henri Sayous et Pierre Verdier.

Structuration à tous les niveaux, tant humain que de moyens d’actions. Il faut trouver un lieu pour le secrétariat – ce sera à Aiguebelle, en Savoie -, du personnel pour prendre en charge les nombreuses tâches administratives, des hommes et des femmes ayant une motivation suffisante et en rapport avec des responsabilités aussi diverses que précises… Structurer une fédération est une tâche lourde et il ne fallait pas s’attendre à des résultats immédiatement spectaculaires.

Les réunions du comité directeur durent quarante-huit heures tant il y a à faire. Le Comité s’amenuise pour devenir squelettique. De nouvelles énergies remplacent les défaillantes. Le président parcourt la France et crée une pyramide de responsabilités basée sur des critères géographiques et techniques. La France est arbitrairement divisée en sept ligues – Rhône-Alpes, Paris, Normandie-Bretagne, Est, Midi – Sud-Ouest, Midi – Est et Centre. Premiers essais en soufflerie à l'Onéra

Bernard Poussière présente le premier travail de synthèse sur les causes des accidents de vol libre. André Mercorelli, ancien compétiteur automobile, supervise les neufs rencontres qui désignent les premiers champions de France (en catégories Standard, Queue d’hirondelle et Grand allongement). Armand Pasquier se bagarre pour le maintien des sites et contre une avalanche d’arrêtés préfectoraux interdisant le vol libre. Les stages de moniteurs se succèdent. Jean-Maurice Bourgueil et Claudius Laburthe effectuent les premiers essais en soufflerie et décrivent « l’essentiel et le reste » des phénomènes aérodynamiques et du domaine de vol des planeurs ultra légers. Philippe Galy s’investit à nouveau et négocie avec les Éditions Rétine la publication de pages d’informations fédérales dans la presse spécialisée.

Tout n’est pas rose : de gros problèmes financiers, des conflits avec les professionnels, des décisions arbitraires (mais comment faire autrement quand les moyens humains manquent).

Les premiers harnais couchéBernard Berthou donne le ton…« Bureaucrates, ayez un peu pitié ! En quoi, pourquoi notre liberté vous est-elle insupportable ? Que vous a fait ce sport, le plus beau entre tous, que vous ne puissiez précisément en accepter le nom de vol libre ? Du plus jeune au plus chevronné des technocrates, votre vocabulaire est invariable : interdire, réglementer, contraindre, assujettir, subordonner… Et pourquoi donc ? Le vol libre est dangereux, dites-vous… Qu’en savez-vous ? Les accidents survenus démontrent tous la même chose : ils sont dus à des causes sur lesquelles la réglementation et la contrainte n’ont nulle prise : imprudence, inconscience, maladresse. Et nous n’avons pas voulu nous livrer à de macabres comparaisons avec d’autres sports qui mériteraient tout autant votre pointilleuse surveillance.

Hélas, bureaucrates qui voulez nous mettre en cage, il faut avouer que vous ne savez pas pourquoi. Ce que vous craignez, ce n’est pas que les pilotes de vol libre se tuent. Cela vous est au fond égal, car sinon vous nous aideriez à mettre vite en place les écoles, les moniteurs, l’encadrement sportif dont nous avons besoin. Ce que vous craignez, ce n’est pas non plus le danger pour les simples passants : il n’y a jamais eu d’accident causé à des tiers. Ce que vous craignez, c’est le gros titre, la manchette en première page, le flash sensationnel qui annonce aux foules terrestres avec une basse complaisance la chute d’un audacieux. Ce que vous craignez, c’est que l’opinion publique vous reproche de laisser libres ceux qui s’élancent dans les airs par leur seule course au moyen de leurs seules ailes. Ne faudrait-il pas au contraire que vous nous aidiez à combattre l’information sanguinolente, à dire à tous ceux en qui nos ailes réveillent un désir millénaire comment l’on peut sans danger jouer dans le vent ? »

Libres ? Ils le sont, ils veulent le rester et ils le resteront. À la lecture attentive de la composition du comité directeur, vous aurez remarqué quelques noms connus, investis dès les premières heures dans le vol libre, aujourd’hui encore bien présents. Alain Badino défendait aussi les couleurs de la France. Il terminera septième et premier Français en Classe III au premier championnat du monde delta à Kössen, Autriche. René Coulon et Rétine publieront en 1976 le premier magazine spécialisé, Vol Libre Magazine, dit VLM, une hérésie économique quand on pense qu’il s’adressait à une clientèle potentielle de quelques centaines de pilotes. VLM, devenu VL, marche aujourd’hui vers son 400e numéro. Gérard Thévenot, déjà un pilier de l’équipe de France, quatrième en classe II à Kössen, sera le plus titré de nos pilotes. Il construit aujourd’hui des ailes rigides…

Libres, mais responsables ! L’Europe déjà est une préoccupation, et là aussi on s’organise. Suisse, Belgique, Italie et France fondent en 1977 la Fédération européenne de vol libre, avec pour but d’harmoniser les politiques de chacun et de faciliter la pratique du vol libre en Europe.


Instabilité

1978… Grenoble a obtenu l’organisation des championnats du monde 1979. Des conflits d’intérêts autour de ces championnats, un manque de coordination entre comité directeur et présidence et une motion de défiance entraîne la démission de Bernard Berthou de son poste. Christian Reynaud-Chappaz et son équipe à ossature rhône-alpine le remplacent.

La FFVL s’installe à Chambéry. Cette année-là, de nombreux accidents surviennent sur un type d’aile, le Jet, et la FFVL demande que des essais en soufflerie soient réalisés. Les résultats conduisent le comité directeur, réuni à Salins-les-Bains, à déconseiller l’usage du Jet à ses adhérents. Une mesure courageuse qui oblige le constructeur à modifier son aile. Mais début 1979, Christian Reynaud-Chappaz est contraint de démissionner pour avoir désavoué la décision du comité.

Jean-Maurice BourgueilJean-Maurice Bourgueil est élu président : « Naissance avec Pasquier et Galy, structuration avec Berthou, stabilisation avec Reynaud-Chappaz, l’outil est maintenant en place au prix du travail considérable de tous les bénévoles qui ont su comprendre que la pratique d’un sport ne pouvait se limiter à un simple exercice, mais devait se compléter par la prise en charge des problèmes de la collectivité des pratiquants. Je ne veux avoir d’autre souci que celui de traduire dans les faits les décisions du comité directeur, de coordonner son action, de faire appliquer sa politique. Nous sommes les pionniers d’un sport inéluctablement appelé à prendre un développement considérable, parce que plus qu’un sport, il est aussi la découverte d’un milieu jusqu’alors inaccessible de manière aussi directe.

Jean-Maurice Bourgueil, un Grenoblois, s’appuie sur une équipe du sud-est composée d’Alain Badino, Alain Baudias et Gérard Blandin. La FFVL compte presque deux mille licenciés. Elle est transférée à Nice. Un local est loué, une secrétaire embauchée. Le vol libre continue de se structurer. Le premier cadre technique régional est mis à disposition du vol libre par le ministère de la Jeunesse et des sports. Le nombre des adhérents augmente, alors que le nombre d’accidents commence à diminuer et à être contrôlé. La sécurité, l’organisation de l’enseignement et de la compétition, sont les bases qui assoient la crédibilité de la FFVL auprès des administrations et du ministère de tutelle.

En 1985, la fédération regroupe six mille licenciés. L’assemblée générale rejette en bloc le rapport moral du président mais plébiscite ceux des diverses commissions. Ce chamboulement est mené par des professionnels de grosses écoles qui souhaitent avoir une partie du pouvoir fédéral. Christian Peyge est élu président. Une des actions de la nouvelle équipe sera pourtant la modification des statuts pour limiter l’influence des professionnels et garder le pouvoir sportif aux bénévoles.

Gérard BlandinUne désaffection exceptionnelle de la base et une politique inadaptée provoquent à l’AG de mars 1987 un autre bouleversement. Gérard Blandin, qui visait le secrétariat général, est porté à la présidence. Il y restera jusqu’en 2003. La fédération n’est pas en bon état financièrement et moralement. Arrivé en cours de mandat, Gérard Blandin se porte financièrement garant de la FFVL sur ses propres deniers. Il expédie les affaires courantes pendant un an. À l’assemblée générale suivante, il voit ses responsabilités reconduites pour quatre ans.

Les tâches ne manquent pas : assainir la situation financière de la fédération ; monter une équipe de cadres ; avoir un secrétariat et des locaux dignes de ce nom ; obtenir la délégation d’habilitation pour le parapente (la fédération française de parachutisme – la FFP – et celle de montagne en réclament aussi la gestion) ; maintenir des liens d’amitié avec les ministères… En bref, asseoir les bases de notre sport dans une période de progression exceptionnelle.


Progression

À MieussySi 1978 a vu en France les débuts du parapente, avec les désormais fameux vols de Jean-Claude Bétemps, André Bhon et Gérard Bosson à Mieussy, cette nouvelle discipline ne démarre vraiment qu’en 1985 sous l’impulsion de constructeurs qui produisent enfin des ailes spécifiques. Un démarrage plutôt explosif, avec un accroissement des effectifs si rapide que les deltistes seront vite en minorité.

L’histoire est un éternel recommencement et le parapente connaît les mêmes problèmes de développement que l’aile delta quelques années auparavant. La FFVL les prend à bras-le-corps, avec l’aide des constructeurs qui se regroupent au sein de l’ACPUL (association des constructeurs de planeurs ultra légers). Ils effectuent des tests sur les matériels et recommandent une classification qui doit aider le pratiquant à choisir le type d’aile qui lui convient.

Les moniteurs aussi s’organisent : premier rassemblement en 1987 à Mieussy, alors considérée comme la Mecque du parapente, et l’année suivante à Saint-Hilaire-du-Touvet.

L’augmentation brutale du nombre d’adhérents n’est pas sans poser des problèmes d’organisation. La FFVL soutient les clubs, comités départementaux et ligues, tout comme les gestionnaires de sites. La notion de la liberté de pratique est sans cesse réaffirmée, malgré des tentatives avortées de l’Aviation civile pour que le vol libre passe sous sa tutelle.

Qui doit gérer le parapente ?

Bernard Colas, président de la FFP : « Nous devons garder la maîtrise du parapente. En parachutisme, il y a quatre disciplines : la précision d’atterrissage, la voile contact, la voltige et le vol relatif. Le parapente ne peut entrer que dans la première. Bien sûr de temps en temps on peut rechercher la durée de vol, mais on fera toujours joujou dans ce domaine. Ne mélangeons donc pas les genres. Il y a le vol libre, la performance, la distance, et puis il y a le parapente qui fait partie intégrante du parachutisme sportif. Il est le marchepied vers le saut d’avion. Sur le plan légal, rien n’empêche un pilote de considérer sa voile comme une aile de vol libre et de bénéficier d’un statut bien plus souple que s’il était à la FFP. C’est justement ce qu’on ne veut pas. Dès lors qu’on vole avec un parachute, il y a des écoles, des procédures, des règles, des cadres. Tout est bien défini et bien calé. »

Gilles Rosenberger, secrétaire général de la FFVL reprend une phrase mise au point à Saint-Hilaire : « Le parapente, c’est du vol libre. Ce n’est pas nous qui le disons, c’est le ministère des Transports qui vient d’intégrer à la définition des PUL les parachutes destinés au vol de pente. C’est une décision logique, car ce n’est pas le fait d’avoir ou non une structure en tubes qui change quoi que ce soit. L’important, c’est qu’on décolle et atterrisse à pied, sans moteur. Le parapente s’intègre donc dans les activités fédérales. Nous n’allons pas créer de commission spécifique car nous ne voulons pas séparer le parapente de l’aile delta. Un groupe de travail transitoire va harmoniser la situation, puis les deux activités seront gérées normalement par l’ensemble des commissions qui composent la FFVL. »

Les assemblées générales se succèdent. Les programmes politiques s’organisent, comme les olympiades, sur un rythme quaternaire. Longue distanceFestival

1993 aura pour objectifs de développer une politique de sites, d’enseignement, de sécurité et de communication cohérente (avec le premier numéro de Vol Passion), de compléter la structure fédérale (direction technique nationale, direction administrative) et d’améliorer le fonctionnement du comité directeur en réduisant le nombre de ses membres.

1997 voit le coup d’envoi de la campagne Vol Libre 2000. En route pour le troisième millénaire, dans un environnement économique qui ne sera pas forcément prospère. Pour que le vol libre poursuive son expansion, il faut faire preuve d’ambition, d’imagination et de cohésion et construire l’Europe du vol libre.

L’olympiade 2001/2004 se veut celle de la décentralisation, avec des pouvoirs et des budgets nouveaux pour les ligues, avec des contrats d’objectifs, avec la volonté d’aider les clubs à mieux se structurer.

Et puis il y a le cerf-volant, dont l’intégration en 1996 fait des vagues comme le parapente quelques années auparavant. Et puis il y a le kite et son potentiel de développement impressionnant. Fin 2002, la FFVL en décroche, comme pour le cerf-volant, la délégation. On n’arrête pas la marche de l’histoire…


Aujourd’hui

Jean-Michel PayotJean-Claude BenintendeEn février 2003, Gérard Blandin décède. Jean-Michel Payot lui succède, puis en 2005 Jean-Claude Bénintende.

La FFVL est aujourd’hui une fédération qui compte plus de 40 000 adhérents et 6 disciplines. Cette diversité en fait la première des fédérations aéronautiques. Elle poursuit son développement en réaffirmant les mêmes valeurs de liberté et de responsabilité qu’aux premiers jours.

 


Texte de Stéphane Malbos - Photos d'origines diverses, mais la plupart viennent de Vol Libre - Bibliographie (dont nous nous sommes largement inspirés) :
Pratique du vol libre, de Philippe Galy et Claudius Laburthe. Delta, de Jean-Bernard Desfayes. Archives de Vol Libre Magazine, éditions Rétines. Archives de Vol Passion.