Hand'Icare à La Réunion
Parce que des personnes à mobilité réduite attendent qu’on leur propose des activités qui les sortent de leur quotidien routinier – espaces réduits spécialement aménagés, lit, fauteuil, soins qui rappellent sans relâche le handicap et ses difficultés – pour retrouver ne serait-ce qu’un cours instant la liberté perdue… Parce que de jeunes défavorisés, en voie de réinsertion ou n’ayant pas les moyens de pratiquer les sports aériens, veulent aussi découvrir de nouvelles activités, connaître de nouvelles sensations pour se sentir libéré un moment, des contraintes de la vie moderne… Parce que des personnes âgées ayant connu une vie de travail laborieux, souvent routinier, quelquefois fatigant ou usant, veulent aujourd’hui pratiquer de nouvelles activités qui leur fassent oublier leur dure vie de labeur… Parce que des personnes ayant commis au cours de leur vie des écarts les ayant conduits au ban de la société, ont aujourd’hui besoin de se libérer de ces déviances par la pratique d’activités leur faisant voir la vie sous un autre angle… Parce que la demande est forte, un peu partout dans le monde, de nombreuses associations et clubs permettent l’accès des sports aériens aux défavorisés et en particulier aux handicapés : France, Italie, Allemagne ou… La Réunion
Collaboration
La Réunion et son climat se prêtent toute l’année à la pratique des sports aériens. Le vol libre plus particulièrement, possède une infrastructure technique et humaine importante : nombreux clubs possédant tout le matériel nécessaire, ailes delta ou parapentes. Les animateurs, moniteurs et instructeurs qualifiés, ne manquent pas. Pour toutes ces raisons, nous voulions rapprocher les handicapés des valides et les intégrer dans des structures déjà existantes. Nous savions que la ligue de vol libre était tout à fait prête à accueillir en son sein des handicapés. D’autre part, le comité régional Handisport désirait élargir sa gamme d’activités sportives proposées.
En 1995, ces deux organismes ont décidé de conjuguer leurs efforts en mettant en place des commissions spécifiques pour promouvoir le parapente dans le milieu des handicapés. Un projet commun a été élaboré : un rassemblement annuel, appelé Hand’Icare, a prouvé que les sports aériens sont accessibles à tous.
Cette première collaboration s’est élargie, et aujourd’hui le comité départemental ULM et la ligue réunionnaise de parachutisme interviennent également. Sont toujours proposés des vols d’initiation et de découverte, mais aussi une formation au brevet de pilote. Depuis 1995, Hand’Icare a permis de faire découvrir la joie de voler libre ou motorisé à plus de six cents handicapés (physiques, mentaux, malentendants, non-voyants, sourds, muets). Des sensations sans pareil pour développer des sens mis en sommeil par les difficultés que peuvent vivre au quotidien ces personnes.
Minorités
Le vol libre ou motorisé se voit trop souvent réservé à une minorité issue de classes sociales favorisées. C’est une activité très différente de celles proposées généralement par les comités Handisport : l’évolution d’un aéronef dans l’air demande un apprentissage particulier et fait naître des sensations et des facultés méconnues. Le pilote doit évoluer intuitivement dans un milieu non matérialisable. Il doit apprendre non seulement à maîtriser une machine, mais également à faire corps avec un milieu extérieur en perpétuelle évolution. Il lui faut lire le terrain, observer tous les indicateurs de courants aériens pour analyser l’aérologie de l’aire de jeux. Comme toute activité à risque, les sports aériens peuvent être générateurs d’angoisse, de stress et de doute, mais ces caractéristiques ne doivent pas pour autant être synonymes d’insécurité. C’est ce à quoi s’attachent principalement les instructeurs spécialisés chargés du suivi de la formation des futurs pilotes handicapés.
Sécurité
Tous les sports prévus à l’origine pour des personnes saines de corps et d’esprit, mais pratiqués par des individus présentant des déficiences physiques ou intellectuelles, sont à risques, des plus banalement accessibles – la marche ou la course -, aux plus stressantes – ski, plongée, canyoning, équitation, vol libre… Il est bien évident que plus le sport présente des risques, plus les consignes de sécurité deviennent sévères, voir draconiennes. Les sports aériens n’échappent pas à cette règle. C’est pourquoi, dans un souci de sécurité maximum, notre propre bon sens tout comme les autorités de tutelle proposent un cadre d’action dans lequel l’activité aérienne proposée ne se fait que dans des structures dûment contrôlées. Les initiations et formations se font toutes dans des écoles habilitées, sous le contrôle de moniteurs diplômés. Les pilotes handicapés sont bien sûr couverts par une assurance fédérale ou privée, et le matériel proposé est fiable et toujours contrôlé.
Objectifs
L’objectif final est d’améliorer la vie de personnes en difficulté. Pour celles-ci, leur rapport au corps, dans ce qu’il est et ce qu’il représente socialement et physiquement, est remis en cause par le biais de méthodes d’apprentissage spécifiques. Placer la personne handicapée dans une situation de certitudes motivantes et faire naître chez elle une mise en confiance qu’elle construit et consolide tout au long de son apprentissage, lui faire acquérir des sensations kinesthésiques, proprioceptives et psychologiques dans une démarche de réussite, sont autant d’atouts positifs, transférables et valorisants pour entrer efficacement dans une vie active.
Pour atteindre cet objectif, l’observation des progrès peut s’effectuer sur quatre plans :
– Le plan psychomoteur : il répond au savoir-faire, au réalisé. Mise en place d’un apprentissage basé sur des repères kinesthésiques et l’affinement des sensations proprioceptives souvent mises en sommeil chez les personnes handicapées ;
– Le plan cognitif : il répond au savoir, à l’analysé. Compréhension de la tâche à réaliser et adaptation du comportement à l’évolution de l’environnement ;
– Le plan affectif : il répond au savoir être. Se maîtriser et s’investir dans le cadre de situations inhabituelles et à risques ;
– La socialisation : se responsabiliser vis-à-vis du groupe et du matériel, être prêt à s’entraider, s’intégrer dans un groupe dont les membres sont porteurs de différences.
Reste à favoriser l’accès à ce type d’activité financièrement, physiquement, psychologiquement. Les équipes d’accompagnateurs sont invitées à partager et échanger leurs réflexions sur un apprentissage riche en émotions et en découvertes.


